(Zonebourse.com) - Les dirigeants d'entreprises cotées n'ont jamais eu accès à autant de données sur les marchés. Pourtant, l'étude Global Corporate Issuer Report 2026 de MSCI (société qui développe des outils technologiques et de la recherche avancée pour les investisseurs institutionnels) révèle un paradoxe saisissant : plus ces dirigeants font face à un grand nombre de signaux, moins ils se sentent confiants quant à leur signification et, surtout, quant à la marche à suivre.
Le paradoxe de la donnée : une vision rarement claire
Sur les 250 dirigeants interrogés dans le cadre de cette étude, très peu se disent certains de comprendre la manière dont les investisseurs et le marché évaluent réellement leur entreprise. Seuls 4% d'entre eux déclarent en avoir une vision "très claire". Les autres (87% estimant en avoir une compréhension "assez claire" et 9% "peu claire") tentent d'assembler une multitude de signaux de marché, souvent sans savoir lesquels priment ni comment ils influencent la perception des investisseurs.
L'enjeu direct : le coût et l'accès au capital
Ce décalage est déterminant, car ce qui est en jeu n'est autre que le capital lui-même. Les signaux que les dirigeants peinent à interpréter sont précisément ceux qui façonnent leur coût du capital, leur facilité d'accès aux financements et la demande pour leurs actions. Les décisions en matière de durabilité, de gestion des risques, d'allocation du capital et de communication financière influencent toutes la perception des investisseurs, déterminant ainsi qui peut détenir le titre de l'entreprise, comment il est valorisé et à quel coût l'entreprise peut se financer.
Pour les dirigeants, le défi ne consiste plus à recueillir davantage d'informations. Il s'agit désormais de comprendre comment les différents facteurs de perception du marché interagissent pour façonner le regard que portent les investisseurs sur leur position unique au sein de l'écosystème financier, puis de traduire ces enseignements en meilleures décisions stratégiques.
Le "translation gap" : savoir le "ce qui", ignorer le " pourquoi"
Il en résulte un "écart d'interprétation" (translation gap). Les entreprises observent le cours de leur action, prennent connaissance de leur note ESG et suivent leur intégration dans les indices. Ce qu'elles ne parviennent pas à discerner de manière fiable, c'est la logique sous-jacente à ces résultats, ou les éléments susceptibles de les faire évoluer. Elles savent ce qui s'est passé. Mais sans en comprendre le pourquoi, elles ne peuvent ni anticiper les évolutions futures ni élaborer une réponse structurée et sereine.
Face à cette difficulté, les entreprises cherchent avant tout à mieux connecter les informations dont elles disposent. L'IA prend notamment une place croissante dans ce travail de compréhension : 71% l'utilisent déjà dans leurs activités liées aux relations investisseurs, aux marchés de capitaux ou aux risques, et 78% explorent son utilisation pour la modélisation de scénarios.
Comme le souligne Cristina Bondolowski, responsable du segment Entreprises & Conseillers chez MSCI : "Les entreprises disposent de plus de données que jamais, mais cela ne leur permet pas pour autant de mieux comprendre la manière dont elles sont perçues par les investisseurs ni les facteurs qui déterminent, in fine, le cours de leur action. Une compréhension plus fine des signaux de marché permet de prendre de meilleures décisions, de renforcer le dialogue avec les actionnaires et de mieux appréhender les enjeux liés à l'accès au capital et à son coût."
Priorités des dirigeants : un aveuglement stratégique ?
Presque tous les dirigeants d'entreprise interrogés dans le cadre de cette étude ressentent le poids de la complexité des marchés de capitaux. Cependant, la façon dont ils orientent leurs efforts en dit long sur la manière dont ils appréhendent cette complexité.
Lorsqu'on les interroge sur la complexité d'aligner leur gestion sur les attentes, signaux et exigences des marchés financiers, 95% des dirigeants s'accordent à dire que l'exercice est "complexe" ou "très complexe". Cette complexité est d'autant plus ressentie chez les décideurs directs, dont 42% la jugent "très complexe".
Invités à identifier leurs priorités absolues au sein de cet environnement complexe, les dirigeants convergent rapidement. La gestion du coût et de l'accès au capital (84%) ainsi que la gestion de la volatilité macroéconomique et des marchés (46%) se hissent aux deux premières places. Ces deux priorités devancent largement la mise en conformité réglementaire et la communication financière (28%), la compréhension de la perception des investisseurs (22%) et la gestion de l'intégration dans les indices ou du positionnement de référence (5%).
"L'écart entre ces priorités mérite toute notre attention", indique MSCI. La gestion du coût et de l'accès au capital dépend, du moins en partie, de la clarté avec laquelle les investisseurs institutionnels appréhendent le profil de risque d'une entreprise, son positionnement en matière de durabilité et ses caractéristiques factorielles. Ce sont précisément ces éléments qui influencent fortement les flux de gestion passive ainsi que les décisions d'allocation des gestionnaires actifs.
Les dirigeants qui traitent l'accès au capital et la perception des investisseurs comme deux priorités distinctes risquent de sous-estimer à quel point la clarté offerte aux investisseurs constitue, en soi, un véritable levier financier qu'ils peuvent piloter de manière active, souligne MSCI.Le lien vers certaines données de l'étude : cliquez ICI
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